Têtes chercheuses #6


  29 novembre 2018

Portrait de Romain Allais

Cursus

  • Ingénieur de recherche à l’APESA en transition pour la durabilité
  • Chercheur associé à PACTE, UMR CNRS 5194, Université Grenoble-Alpes (2017-2019)
  • Qualification CNU section 60 “mécanique, génie mécanique” (2016)
  • Docteur en développement durable de l’Université de Technologie de Troyes (2015) 

Thématiques : transition pour la durabilité, innovation organisationnelle, conception durable

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« Ma recherche vise à comprendre les interactions entre les activités de conception au sens large et les processus décisionnels dans l’entreprise industrielle d’une part et les interactions entre les organisations et leurs territoires d’autre part. L’analyse de ces interactions au prisme de la durabilité, permet dans un second temps de développer des outils d’aide à la décision pour accompagner les organisations (entreprise industrielle, réseau d’acteur) dans une transition vers la durabilité. »

 

Quels sont vos sujets d’exploration ?

Ma culture « ingénierie » teinte fortement ma recherche. En effet, lors de ma thèse « transition systémique pour un développement durable : entre conception et territoire », j’ai agis comme un assembleur de solutions existantes (théories, méthodes et outils). Ma valeur ajoutée étant de donner une cohérence entre ces différents éléments et de modifier, voire détourner l’usage habituel de certains outils.

La 5 Dimensions Sustainability Transition Method (5D-STM) est la méthode que j’ai développée lors de ma thèse et sur laquelle je continue de travailler depuis.

L’architecture de cette méthode est calquée sur la Framework for Strategic Sustainable Development (FSSD), méthode de planification stratégique développée depuis les années 80 en Suède et aujourd’hui déployée à travers le monde. Cette méthode se décompose en 5 niveaux pour chacun desquels j’ai développé une perspective et des solutions nouvelles.

  • Niveau ‘système’ : Il s’agit de mettre en lumière les principes constitutionnels du système, ce sont des principes généraux (paradigmes, règles du jeu) qui régissent le fonctionnement du système considéré comme pertinent pour la réussite des efforts de planification. Ce système peut être une entreprise, une filière, une chaine de valeur, un territoire…la planète.

Mon travail ici est, en fonction des problématiques à traiter, de développer des modèles descriptifs des flux de ressources matérielles et immatérielles et de décisions afin de comprendre comment le système fonctionne. Mon approche pour la création de ces modèles est basée sur la systémique (De Rosnay, 1975) et le détournement d’outils de comptabilité extra-financière (ex. Fustec et Al., 2013).

Une fois le modèle réalisé, il faut le renseigner en allant chercher les informations auprès des acteurs du système lors d’entretiens. Une compétence « Sciences Humaines » est ici indispensable. Je la trouve à travers des collaborations avec, par exemple, Julie Gobert, chercheure avec qui je développe aujourd’hui un modèle d’analyse de projets territoriaux dans le cadre du projet RECYLUSE.

  • Niveau ‘succès’ :  il s’agit ici de comprendre quelles sont les conditions nécessaires au succès dans le système considéré. Il est important d’avoir une approche globale, c’est-à-dire de considérer notre système comme un élément du système global : la planète.

La FSSD repose sur la définition séminale du développement durable et ne questionne pas les paradigmes économiques dominants pourtant à l’origine de beaucoup de problématique socio-environnementales. L’illusion d’un possible équilibre entre économie, environnement et sphère sociale est, à mon avis, une limite importe de cette méthode. J’ai adopté une définition hétérodoxe de la durabilité issue des travaux de (Figuière et Rocca, 2008) qui proposent de hiérarchiser les différentes dimensions et de redonner une dimension politique au développement. Les objectifs sont recentrés sur la sphère sociale, le développement Humain étant considéré comme la finalité d’une société. Les limites planétaires sont considérées comme une contrainte à ne pas outrepasser. La sphère politique, en tant que seule légitime pour définir les orientations de développement, doit retrouver une place prépondérante et prendre le pas sur les acteurs économiques. La dimension territoriale doit également être prise en compte pour l’adaptation de ces décisions aux contraintes locales pour le déploiement de solutions adaptées. Finalement, la dimension économique doit soutenir l’ensemble de ces transformations en étant un moyen pour le changement et non plus une fin en soi.

La FSSD oriente la prise de décision stratégique grâce à des principes de durabilité qui, s’ils sont respectés, permettent de définir des trajectoires de transition vers la durabilité. Partant de l’observation que nous avons qu’une planète à disposition, le principe de respect des limites planétaires est décliné en 3 principes environnementaux : non-augmentation des concentrations de substances extraites de la croûte terrestre (1) et des substances produites par la société (2) et non-détérioration des services écosystémiques (3). A ces principes basés sur les limites géophysique de la planète, ont étés ajoutés des principes pour le développement Humain dans les travaux de (Missimier, 2014) : " dans une société durable, les Hommes ne sont pas soumis à des conditions qui diminuent systématiquement leur intégrité, influence, compétence, impartialité et le sens. Le principe d’intégrité consiste à ne pas faire subir de préjudice physique, mental ou émotionnel à l’individu. Le principe d’influence concerne la capacité de l’individu à influencer les systèmes sociaux dont il fait partie et est dépendant. Le principe de compétence concerne la possibilité de chacun de se développer et grandir en phase avec ses aptitudes. Le principe d'impartialité concerne le traitement égalitaire des individus face à d’autres individus ou à des institutions, ce qui équivaut à reconnaitre les mêmes droits et valeurs aux individus. Le principe de sens permet de s’assurer qu’il y a une raison pour un individu de faire partie d’une organisation ou d’un système."

J’ai ajouté aux principes socio-environnementaux de la FSSD, des principes pour répondre aux 5 dimensions de la durabilité listés plus haut. J’ai adopté les principes de gouvernance proposés par (Buclet, 2011) pour considérer l’individus au sein de la société. Le principe de capabilité, issus des travaux d’Amartya Sen, vise à accroitre l’autonomie des individus dans leur capacité à répondre à leurs propres attentes. Le principe de proximité vise à rapprocher le niveau de prise de décision et le niveau impacté par cette décision. Les proximités peuvent être de nature différentes (cognitive, organisationnelle, sociale, institutionnelle et géographique). Le principe de démocratie participative vise à construire un équilibre entre préférences individuelles et intérêt commun face aux enjeux du développement durable.

Cette batterie de principes permet de ‘challenger’ les décisions prises pour la définition de stratégies de transition. La 5D-STM propose différents outils pour accompagner cette prise de décision stratégique (les grilles de maturité de gouvernance, la colonne vertébrale et les tableaux de bords étendus aux immatériels). Ces différents outils combinés permettent à la fois d’avoir une approche stratégique (quelle trajectoire de transition choisir ?), de mettre en action les moyens (outils, ressources…) pour la réalisation de cette stratégie et d’évaluer que les actions répondent bien aux stratégies pour la réussite dans le système. En effet, les grilles de maturité dessinent des trajectoires génériques (ou spécifiques à une problématique donnée) qui intègrent les principes de durabilité et donc assurent une transition dans une direction souhaitable. La colonne vertébrale permet de décliner ces stratégies à des niveaux opérationnels par le déploiement de tableaux de bords étendus aux actifs immatériels.     

L’approche développée dans la 5D-STM est multi-scalaire (activité de conception, entreprise, système industriel, territoire, échelle globale), transdisciplinaire (durabilité, conception intégré, gouvernance d’entreprise) et s’ouvre à des disciplines connexes par des collaborations universitaires et industrielles (sociologie, économie géographique, modèles d’affaire).

Quelles sont les applications du cadre de recherche aux attentes des acteurs sur le terrain ?

Les organisations savent aujourd’hui la nécessité de la transition mais les questionnements liés aux changement profonds sont complexes. L’accompagnement est une attente forte des organisations qui ne sont plus des entités isolées mais des acteurs en réseau dépassant souvent les clivages traditionnels (publics, privés, citoyens…).

Ma recherche vise donc à outiller la prise de décision de ces acteurs en essayant de comprendre les interactions entre les organisations et leurs environnements complexes.

Ainsi, le projet RECYLUSE vise à favoriser la transition écologique, économique et sociale vers l’économie circulaire par la promotion de la réparation et de la réutilisation en analysant les représentations des acteurs et singulièrement celles des usagers et en structurant une solution partenariale qui puissent lever les résistances et difficultés identifiées. Nous réalisons dans ce cadre, un modèle ‘filière territoriale de la réparation et du réemploi’ centré sur les recycleries mais intégrants également les citoyens, les metteurs sur le marché, les producteurs et les pouvoirs publiques.

Toujours dans le cadre de RECYLUSE, nous allons réaliser des ateliers collaboratifs (living labs) pour capitaliser les connaissances et les diffuser aux autres acteurs pour la structuration de réseaux territoriaux autour de l’activité de réparation. Les ateliers peuvent être considérés ici comme des moyens pour la réalisation de la stratégie de mise en réseau des acteurs.

Une grille de maturité spécifique a été développée pour un réseau d’acteurs Néo-Aquitain œuvrant pour la croissance verte. Cette grille sur-mesure permet d’évaluer la maturité des impétrants et l’alignement de leurs activités avec la politique du réseau. Certains principes de durabilité ont étés intégrés dans ces grilles pour définir un niveau « idéal » liés aux dimensions d’évaluation.

Quel(s) sont les transfert(s)/projets amorcé(s) ?

Plusieurs projets en lien avec la valorisation de la culture sont en cours de montage. Il s’agit de comprendre les interactions entre un évènement culturel et son territoire dans une perspective de durabilité. Pour cela, nous allons modéliser la chaine de création de valeurs (réseau de parties prenantes, les actifs immatériels et les ressources territoriales), co-construire une vision idéale et les feuilles de route pour la transition de l’organisation dans son écosystème et finalement évaluer l’utilité sociale de l’organisation.

J’interviendrai également pour accompagner à la transition écologique et énergétique des OIM de Bordeaux Métropôle par l’animation d’ateliers créatifs (mise en œuvre des principes de durabilité…) et la co-conception de grilles de maturité avec les acteurs.

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