Têtes chercheuses


Découvrez les chercheurs de notre pôle de recherche appliquée à travers une série de portraits. Notre motivation est de vous faire découvrir les expertises et la dynamique prospective dans laquelle nous nous inscrivons avec l’ambition de favoriser un transfert rapide vers des solutions opérationnelles pour les territoires et les entreprises.

#1 Portrait de Louis Dupuy

Docteur en sciences économiques de l’université de Bordeaux (2014)

Thématiques : soutenabilité - territoires résilients

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« J’essaie de « réparer l’économie » pour qu’elle prenne en compte les nombreux effets indirects, potentiels et non intentionnels des actions des différents acteurs (externalités). »

Auteur d’une thèse intitulée « International trade and sustainability » (Commerce international et DD), Louis Dupuy explore la possibilité d’établir un système d’allocation des ressources qui permette à chacun d’avoir accès à des opportunités d’usage de ces ressources dans le respect des contraintes imposées par l’environnement et plus généralement le monde physique.

Quels sont vos sujets d’exploration ?

Mes travaux de thèse m’ont conduit à la conclusion, qu’en théorie, le cadre économique conventionnel, basé sur la gestion de divers actifs (capital humain, capital produit) et élargi à la notion de capital naturel, peut réussir à placer les économies du monde dans une situation soutenable, tout en gardant un haut niveau de commerce international.

En pratique cependant, de nombreuses décisions peuvent être prises qui favorisent l’insoutenabilité des modèles de développement : choisir une mauvaise spécialisation internationale (tous les pays du monde qui essaieraient en même temps d’exporter des voitures), sur-consommer les gains du commerce international, ne pas tenir compte des économies d’échelles, etc. 

Un autre problème clef est celui de la substituabilité entre les ressources : le système marche tant que les pays sont prêts à échanger les uns avec les autres et qu’ils sont techniquement capables de mobiliser des ressources substituables dans la production (par exemple s’il faut produire quelque chose qui demande du cuir et qu’il n’y a pas du tout de cuir, cela pose rapidement problème).

Du coup, tout en gardant le cadre théorique qui est plutôt robuste, il faut réfléchir à des solutions pour optimiser le fonctionnement des marchés en tenant compte des véritables limites physiques (imposées par l’environnement) et techniques (imposées par les connaissances humaines). Il faut également tenir compte des limites qui se posent à la capacité des sociétés de s’adapter rapidement, que ce soit dans la demande moyenne de biens (arrêter d’acheter des voitures) ou dans la capacité d’organisation (travailler 60 heures par semaine). 

Quelles sont les applications du cadre de recherche aux attentes des acteurs sur le terrain ?

Sur la base de ces premiers travaux, j'ai intégré l’APESA en janvier 2016 avec notamment l’ambition d’approfondir la méthode TERVAL, qui est en fait l’application de cette théorie au cas d’une entreprise. De la même façon qu’un pays doit limiter son impact sur le capital naturel et éviter de laisser se dégrader son capital produit (machines + infrastructures), une entreprise doit avoir un impact au moins positif sur son stock de capital global. 

« Concrètement, une entreprise doit polluer le moins possible et économiser les ressources pour éviter de dégrader le capital naturel, mais elle aura nécessairement un impact résiduel. »

À partir de là, il y a deux options :

- Hypothèse de soutenabilité forte : l’entreprise doit compenser par un investissement en capital environnemental au moins « équivalent » (étape « compenser » de la séquence Eviter - Réparer - Compenser) ou arrêter purement et simplement d’utiliser le stock de capital concerné. C’est là que ça coince généralement si on pense pétrole par exemple.

- Hypothèse de soutenabilité faible : l’entreprise doit compenser par un investissement au moins égal dans du capital social (formation, hausse des salaires ou création d’un fond de pension retraite) ou du capital économique (utiliser du pétrole pour installer des panneaux solaires, ou des machines-outils, si possible moins dispendieuses en énergie).

Nous avons appliqué cette méthodologie de calcul des stocks de capital à deux entreprises du Sud-Ouest. Notre devoir de confidentialité ne nous permet pas de les nommer, mais les deux ont un gros enjeu de gestion du capital naturel.

La faiblesse de cette méthode est que nous ne pouvons pas encore bien faire ressortir le caractère qualitatif de certains actifs : une main d’œuvre qualifiée n’est pas seulement plus chère et plus productive, elle permet aussi de produire des biens qui ne peuvent être produits sans ce travail qualifié.

De façon plus générale, ce travail est intéressant en termes de production d’informations, mais l’indicateur ne se décline pas facilement en plan d’action pour l’entreprise. Il est donc assez adapté à une communication globale (« notre situation nette en développement durable c’est XXX»), mais pas opérationnel.

Pour faire progresser la qualité de cet indicateur, Louis Dupuy travaille à relier ce type d’impact monétarisé à des indicateurs déjà utilisés et à des méthodes d’évaluation d’impact environnemental plus familières des entreprises.

« On intègre la notion de la monétarisation des ACV »

En 2015, je suis rentré en contact avec le Pr. Koji Tokimatsu de Tokyo Tech University. Associé à d’autres chercheurs japonais il a développé un modèle alliant méthodes d’ACV et modélisation macro-économique.

Nous avons finalisé le modèle ensemble et travaillé à l’interprétation des résultats (alliance économiste-ingénieur).

Nous avons co-rédigé un premier article qui estime l’épargne nette ajustée pour l’ensemble des régions du monde pour le siècle à venir : https://www.researchgate.net/publication/315701711_Using_Genuine_Savings_for_Climate_Policy_Evaluation_with_an_Integrated_Assessment_Model

Je me suis rendu au Japon en février-mars 2018 pour finaliser le second article, qui compare différentes façons de calculer cet indicateur et contribuer à un séminaire autour des liens entre sciences naturelles et sciences sociales.

De façon plus général, il y a une foule de questions techniques autour de la bonne façon de A) calculer des impacts environnementaux (par exemple par l’ACV), B) relier ces impacts à des services et des disservices[1] (l’eutrophisation[2] est l’impact, l’absence d’eau potable ou de zone de baignade est le disservice) et C) calculer la valeur monétaire à partir de A et B.

Une partie de ses recherches aujourd’hui consiste donc à étudier A, B et C.

Quel(s) sont les transfert(s) amorcé(s) ?

Pour l’APESA, il s’agit de monétariser ces services. On est donc en plein dans la séquence ABC.

Deux projets gravitent autour de ces questions : comment estimer les impacts environnementaux et sociaux ? Comment faire en sorte que les entreprises les prennent en compte ? Comment proposer une estimation monétaire cohérente de ces impacts ?

- TERFICA : le principe est de comprendre si les stratégies de filière et de territoire jouent un rôle dans l’adoption des comptabilités carbone dans la filière forêt bois. Il s’agira donc d’étudier les stratégies de filières, les stratégies de territoire autour du CO2 et du climat et d’interroger les entreprises sur le poids qu’elles pèsent dans leur propre usage des comptabilités carbone.

- BOUQUET : l’objectif du projet piloté par ITAVI (Institut Technique des filières AVIcole, cunicole et piscicole) est de proposer une estimation des services écosystémiques rendus par les parcours de volailles. Lire l’article complet

 

[1] Au sens de contraintes

[2] Apport excessif d'éléments nutritifs dans les eaux, entraînant une prolifération végétale, un appauvrissement en oxygène et un déséquilibre de l'écosystème.

 

Voir aussi

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