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UN POGNON DE DINGUE, MAIS POUR QUI ? L’argent magique de la pandémie


  15 juillet 2022


Maxime Combes, Olivier Petitjean, Editions du seuil 2022


« La politique sociale, regardez : on met un pognon de dingue dans des minima sociaux, les gens, ils sont quand même pauvres. On n’en sort pas. Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres. On doit avoir un truc qui permette aux gens de s’en sortir. » - Extrait du discours d’Emmanuel Macron le 12 juin 2018, repris par Libération le 13 juillet 2018. 


La pandémie de COVID a fait que «jamais dans l’histoire, les vannes de la dépense publique n’ont été si largement ouvertes ». C’était une occasion exceptionnelle d’utiliser ce flot d’argent pour aider les pauvres à s’en sortir. Qu’en a –t-il été réellement ? : « Ce pognon de
dingue a-t-il ruisselé vers ceux qui en avaient réellement besoin ? A-t-il permis à l’économie française de devenir plus résiliente face aux défis de notre siècle ? qui a bénéficié de ces aides pour quels montants et pour quels résultats ? ». 

Telles sont les questions qu’explorent Maxime Combes, économiste et Olivier Petitjean, journaliste dans cet essai percutant. Et le résultat de leur enquête est atterrant : le « pognon de dingue » distribué lors de la pandémie est parti vers les entreprises, et en particulier les grands groupes, et non pas vers les services publics ou la protection des plus démunis, contribuant à creuser les inégalités.

On a beaucoup parlé du «monde d’après ». En matière de distribution de l’argent, c’est plutôt le monde d’avant qui s’est renforcé. « Les aides aux entreprises ont augmenté trois fois plus vite que les aides sociales entre 2007 et 2018 » Et les chiffres que nous présentent
les auteurs montrent que cette tendance s’est renforcée en 2020 et 2021 avec une orientation de plus en plus marquée vers les grandes entreprises «Tout se passe un peu comme si, à mesure que le temps s’écoulait, les nouvelles aides mises en place par le gouvernement étaient de plus en plus destinées aux seules grandes entreprises ».  Et ce qui est le plus attristant , c’est que ces aides ont été distribuées sans véritables conditions, sans suivi et sans transparence : «le pouvoir politique choisit, par idéologie, de laisser au secteur privé tout le pouvoir , en espérant ( ou en faisant mine de croire) que tout ira bien pour l’emploi et le climat ». 

L’ère du « quoi qu’il en coûte » inaugurée au printemps 2020 n’a que très peu profité à l’hôpital, à l’éducation et aux travailleurs essentiels. « Le gouvernement a presque toujours fait le choix de verser des aides massives au profit du secteur privé plutôt que de mettre sur pied de vastes plans d’investissement et de recrutement dans les services publics pour satisfaire les besoins essentiels de la population ». Ce sont donc encore les entreprises privées qui bénéficient de la majorité des aides publiques dans les domaines de la santé, l’éducation et la culture , renforçant la privatisation des services publics.   En 1956, Ralph Nader a utilisé le terme «corporate welfare » pour désigner le système de
soutien aux entreprises . Il semblerait que le gouvernement abandonne progressivement l’État-providence pour tous, pour favoriser ce corporate welfare, l’État-providence pour les entreprises !


La conclusion des auteurs est sans appel «L’urgence sanitaire, économique et sociale aura bel et bien été utilisée pour radicaliser certaines transformations déjà en cours dans les rapports entre l’Etat et les entreprises et préempter tout débat démocratique sur ces transformations ». 

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