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ON A TOUS UN AMI NOIR


François Gemenne, Librairie Arthème Fayard , 2020

Pas une semaine ne s'écoule sans qu'éclate une nouvelle polémique sur les migrations : violences policières, voile dans l'espace public, discriminations, quotas, frontières... Les débats sur ces sujets sont devenus tendus, polarisés et passionnels, tandis que la parole raciste s'est libérée, relayée avec force par des activistes identitaires.

Chercheur sur l’environnement et les migrations, auteur d’un remarquable « Atlas de l’anthropocène » , François Gemenne est invité à de nombreux débats sur le thème de l’immigration .  A travers les échanges, mais aussi à travers le discours médiatique, il s’est rendu compte de la forte teneur idéologique de la vision majoritaire actuelle et de l’absence de faits concrets des débats.

Dans « On a tous un ami noir », François Gemenne, nous livre un travail de « chercheur engagé » pour déconstruire nombre d’idées reçues et  renverser nos perspectives sur les migrations.

Les faits d’abord : l’Afrique est « de loin le continent qui migre le moins » et  « par comparaison, l’Europe occidentale migre deux fois plus » . Nous apprenons qu’« un tiers des immigrés en France sont nés en Europe » et que la France reçoit chaque année 25 milliards de dollars (21,3 milliards d’euros) de « remises d’épargne », c’est-à-dire de versements  de ses expatriés.  On découvre aussi le coût d’une expulsion :  un peu moins de 14 000 euros, soit « l’équivalent de six mois du revenu moyen des Français ». 

De plus, ce n’est pas la « misère du monde », comme l’avait dit très malencontreusement Michel Rocard, qui migre vers les pays riches. Migrer, c’est un investissement considérable et très risqué. Ce sont donc le plus souvent ceux qui ont les moyens qui quittent leur pays pour investir dans une vie meilleure.

Quant à la fermeture des frontières, elle ne dissuade pas des migrations. Elle ne fait qu’enrichir ceux qui les font franchir illégalement. L’auteur nous fait remarquer que le « commerce » des migrations est devenu le troisième trafic le plus rentable au monde derrière les armes et les drogues.

Le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour : quand on lui pose la question :  « L’immigration, chance ou fardeau pour nos sociétés ? », François Gemenne fait remarquer que des débats posés dans les mêmes termes sur les personnes âgées ou handicapées  ne seraient probablement pas  acceptés…

Nous découvrons ainsi dans cet ouvrage que « notre regard sur les migrations est défiguré par notre obsession de la frontière ». Dans la mesure où tout le discours sur les migrations s’articule autour des questions posées par l’extrême droite, le sujet des migrations est de fait « l’impensé politique majeur de ce début de XXIsiècle ». 

Et l’auteur de conclure que «La  question de l'identité collective ne doit  pas être laissée aux identitaires : elle doit être aujourd’hui pensée comme une trajectoire qui rassemble, plutôt que comme une histoire qui exclut ».

Un livre de bon sens, étayé par des faits avérés, écrit avec une plume alerte et humoristique : à lire absolument pour relativiser les discours dont nous abreuvent les médias.

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