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HUMANITE : UNE HISTOIRE OPTIMISTE


Ce livre part d’un postulat qui contredit les lieux communs que l’on peut trouver dans la littérature ou dans les journaux. Ce postulat, c’est que «la plupart des gens sont des gens bien ». Cette phrase a été prononcée par le médiateur national des Pays Bas en 2012 et a donné son titre original au livre en néerlandais.

Historien et journaliste, Rutger Bregman, auteur il y a 3 ans du très remarqué « Utopies réalistes », récidive pour nous partager une vision optimiste de l’humanité. Bien sûr, ce n’est pas de l’optimisme béat : « Je ne compte pas prétendre dans ce livre que l’être humain est naturellement bon. Nous ne sommes pas des anges. Nous avons tous une bonne et une mauvaise jambe ; la question, c’est de savoir laquelle nous exerçons. Je souhaite simplement montrer que nous avons toutes et tous, naturellement, depuis l’enfance – que ce soit sur une île inhabitée, lorsqu’une guerre éclate ou que les digues rompent -, une forte préférence pour notre bonne jambe ».

Pour ce faire, en bon journaliste, il s’est penché sur de multiples cas censés illustrer que l’homme est fondamentalement mauvais, selon la théorie de Thomas Hobbes de « l’homme est un loup pour l’homme ». Il rapproche cela de l’effet inverse de l’effet placebo, l’effet nocebo : si nous nous persuadons que nous sommes mauvais, nous agirons en conséquence. Et il s’emploie à montrer, preuves à l’appui, qu’au contraire, Jean Jacques Rousseau, qui pensait que l’homme était fondamentalement bon, avait probablement raison. Partir du postulat que « la plupart des gens sont des gens bien » permet de beaucoup mieux vivre.

Pour commencer, il nous raconte la vraie histoire de « Sa majesté des mouches » - des enfants qui ont passé 18 mois tous seuls sur une ile sauvage-, très différente et beaucoup plus positive de ce qui est raconté dans le bestseller de William Golding (chapitre 2). Dans le chapitre 3, « La montée en puissance de l’homo Mignon » , il montre que ce sont plus les capacités de coopération et de sociabilité qui ont construit l’évolution de l’homme (et d’autres populations comme celles des renards argentés)  que les capacités de compétition. Le chapitre 4, « Le colonel Marshall et les soldats qui ne tiraient pas », déconstruit le mythe selon lequel il est facile de faire du mal à son prochain. Dans « La malédiction de la civilisation » - chapitre 5 -, il montre que l’évolution de l’homme de l’état de chasseur cueilleur à l’état sédentaire avec l’invention de l’agriculture avaient vu apparaitre les hiérarchies et beaucoup plus de violence :  « Avec les premières colonies de peuplement et l'invention de la propriété privée, s'ouvrit une nouvelle ère dans l'histoire de l'humanité. Les 1% se mirent à opprimer les 99% restants. Les baratineurs passèrent de meneur à général, de chef de tribu à roi. Le temps de la liberté, de l'égalité et de la fraternité était terminé ». S’appuyant sur d’autres sources, il nous raconte ensuite une histoire de l’ile de Pâques assez différente de ce que l’on peut lire dans « Effondrement » de Jared Diamond (chapitre 6).

« S’il est vrai que l’homme est naturellement bon, ( ..) alors comment expliquer Auschwitz ». Dans les années 60-70, les psychologues cherchèrent à comprendre ce qui contribuait à transformer les êtres humains en monstres.  L’auteur nous entraine dans les coulisses des expériences menées à l’époque par Philippe Zimbardo (chapitre 7) ou Stanley Milgram (chapitre 8), ou l’analyse du meurtre de Kitty Genovese , la jeune femme assassinée dans son quartier devant  37 témoins « qui n’ont rien fait pour lui venir en aide » , selon les journaux (chapitre 9) . Les éléments récents qu’il apporte montrent que les conclusions tirées à l’époque sur le fait que les gens puissent suivre aveuglément des ordres, ou que les gens ne vont pas naturellement au secours, sont erronées. Les scientifiques et les journalistes se sont laissés entrainer par l’attrait du sensationnel, au point de publier des choses fausses.  « Des conclusions simplistes. […] Il faut dire que Milgram était un fantastique metteur en scène, avec un sens aigu du drame et un flair infaillible pour ce qui marche à la télévision ».

Dans les trois chapitres suivants, il poursuit sa recherche pour comprendre « pourquoi les gens bien agissent mal ». Dans le chapitre « Comment l’empathie nous aveugle », il nous raconte comment Morris Janowitz a découvert que la force motrice la plus importante chez les soldats allemands pendant la seconde guerre mondiale, c’est la camaraderie : ils se battaient pour leurs camarades qu’ils ne voulaient pas laisser tomber (chapitre 10). Il nous décrit ensuite le cynisme qui est une des caractéristiques principale de ceux qui arrivent au pouvoir : « Le pouvoir semble agir comme une sorte d’anesthésiant qui nous coupe des autres » (chapitre 11) Et il qualifie d’erreur l’idée des penseurs du siècle des Lumières qui, s’appuyant sur la force de la raison, ont imaginé que nous pouvions « employer nos mauvais penchants pour la bonne cause », ce qui a conduit les économistes à développer des mesures qui flattaient l’égoïsme (chapitre 12) … Les humains sont alors bloqués dans une prophétie auto-réalisatrice où, à force de se dire que les autres sont mauvais, ils vont mal agir ou attaquer pour se défendre d’un danger présupposé.

La quatrième partie illustre d’autres manières de faire, basées au contraire sur le postulat que les gens sont des gens bien : il évoque ainsi le mouvement des entreprises libérées (chapitre 13), les nouvelles formes d’enseignement (chapitre 14), les nouvelles formes de démocratie (chapitre 15).

Dans la cinquième partie, il illustre comment « tendre la main, voire l’autre joue » à ceux que l’on peut considérer comme des ennemis peut être efficace : il nous raconte des prisons atypiques en Norvège (chapitre 16), comment la réconciliation de deux frères a permis d’empêcher une guerre civile en Afrique du sud (chapitre 17), et comment les soldats allemands et anglais ont fraternisé à Noël 1914 (Chapitre 18).

Rutger Bregman termine par un épilogue dans lequel il nous partage 10 préceptes qui lui sont venus à l’esprit en rédigeant l’ouvrage.   J’en ai retenu un qui me paraît fondamental dans cette période de surinformation et de « fake news » « Sélectionnez les informations que vous ingurgitez avec le même soin que les aliments que vous consommez »  et je vous laisse découvrir les 9 autres.

Un livre foisonnant et pourtant très facile à lire dont on sort tonifié.

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